Historique
La Naissance du GSBM
Juillet 1971. Une équipe de trois jeunes bagnolais, carte d’état-major en mains, écume les gorges de la Cèze à la recherche de grottes. Le stock de bougies et de piles électriques diminuant dans les réserves familiales, certains parents s’inquiètent et décident de suivre leurs rejetons dans leurs pérégrinations souterraines. Dès septembre 1971, les familles Fesquet, Guintrandi, Guyot, Klein, Ruty, Valladier, Xucla, profitant de l’expérience spéléo de certains d’entre eux et par l’intermédiaire de la Société Bagnolaise de Sciences Historiques et Naturelles, vont créer le Groupe Spéléo Bagnols Marcoule. La première réunion se tient au café de l’Alhambra (maintenant café Le Mondial), avenue J. Perrin. Elle va regrouper une douzaine de jeunes : Jean Paul Beylesse, Joël Canau, Marc Delaunay, Francis Fesquet, Philippe Gertosio, Jean Loup Guyot, Christian et Jean Denis Klein, Pascale Leduc, Marie Line Loiry, Alain et Michel Martinez, Guy Reidon et Gino Staccioli, certains accompagnés de leurs parents.
Le baptème du GSBM et son parrain : William Levier du GS-CEA Pierrelatte
Les spéléos en herbe, âgés d’une quinzaine d’années, doivent être parrainés et entraînés par des pratiquants confirmés. Aussi les adultes du groupe sollicitent le Groupe Spéléo CEA-Pierrelatte, affilié à la Fédération Française de Spéléologie, et dirigé par William Levier. Les adhérents sont jeunes, pleins d’enthousiasme… La première année permettra de comptabiliser 712 heures passées sous terre avec, à la clé, quelque 3140 kilomètres de déplacement pour se rendre sur les lieux des sorties, cela par tous les temps… sur des “mobs” ou des vélos.
Et c’est le 7 mai 1972 que naît véritablement le GSBM en tant que groupe indépendant.
Bien qu’autonomes, nos jeunes spéléos sont conscients de leurs responsabilités et des progrès à réaliser avant de pouvoir communiquer leur passion à d’autres. Aussi, toujours sous la houlette de William Levier (Pierrelatte), passent-ils un hiver et un printemps 72-73 très studieux, sur les falaises de Saint Gervais et de Donzère-Mondragon, afin d’acquérir le “top niveau” (sécurité, progression, escalade, auto-assurance)… Des stages organisés par le Comité Départemental de Spéléologie parachèvent tout cela en leur attribuant les brevets nécessaires pour accompagner des novices sous terre.
La jeunesse du club et de ses adhérents
La fin des années 70 voit les jeunes s’affirmer. Au début, comme les moyens de locomotion de chacun ne permettent pas de grandes expéditions, les cavités de la région sont systématiquement visitées. La région de Montclus est la zone d’étude du groupe. Ils prospectent, revoient d’anciennes cavités, refont les topographies, trouvent de nouvelles cavités ou des prolongations. Les premiers bulletins du club racontent souvent avec humour une partie de ces aventures. En 1975, premier camp hors du département sur le Causse de Guilhaumard. Premières plongées pour Marc Delaunay et Philippe Gertosio à la Bruge et au Moulin de Bruguier (commune de Montclus). L’intérêt archéologique n’est jamais perdu de vue : recherches à la grotte de Terris et au Travès. Puis ils commencent à visiter d’autres départements (Alpes Maritimes, Dévoluy, Vercors, Chartreuse, Hautes-Pyrénées…).
Les premières expéditions à l’étranger ont lieu en 1979. Jean Denis Klein, Yves Sammartino et Gino Staccioli partent pour le Pérou qu’ils écument pendant dix mois (Bulletin GSBM “Pérou 1979”). Une autre expé plus courte (1 mois) mais réunissant neuf membres, se dirige la même année vers le Maroc. De nombreuses cavités sont explorées en première et topographiées. Les Bagnolais intéressés se souviennent encore des diaporamas projetés à cette époque.
Le dynamisme au sein du GSBM n’a cesse de croître dans tous les secteurs d’étude du milieu souterrain. Des recherches personnelles ont fait avancer le groupe dans la connaissance de la karstologie, de l’hydrologie, de la géologie, de la topographie, de la biospéologie et de la préhistoire. Les jeunes ont vieilli et ont gagné leur indépendance. En même temps qu’eux, le club passe à l’âge adulte.
On continue
Les bulletins aussi changent. Alors qu’ils étaient surtout destinés aux membres du club, ils gagnent en audience avec par exemple, pour les recherches locales, l’inventaire des gorges de la Cèze (1981), recensant et décrivant l’ensemble des cavités de ce canyon. Le spécial « aven du Camelié-émergence de Marnade » (1982) décrit tout ce qui est connu sur cette percée hydrogéologique.
Autour des anciens membres du club, des nouveaux venus apportent d’autres perspectives. Bon an mal an, une cinquantaine de personnes adhèrent maintenant à la F.F.S. dans le cadre du GSBM. La Cèze et l’Ardèche sont toujours là avec leurs désobstructions. Mais la Séranne est une zone de prospection appréciée. Enfin, le regard d’un groupe se tourne vers le Vaucluse et son formidable potentiel de découvertes… Pensez donc, près de deux mille mètres d’épaisseur de calcaire ! Quelles premières en perspective !
Vers le Vaucluse
Le 2 août 1986, sous l’impulsion de Gérard Gaubert, premiers coups de marteau au Trou Souffleur, sur le plateau d’Albion, cavité régionalement connue et déjà objet de cinquante ans d’interrogations et de recherches pour les gens du plateau et les spéléos. C’est le début d’une exploration relatée dans le bulletin spécial du GSBM de 1987 et par le livre “Les cavernes d’Albion”, édité par l’Association de Recherches et d’Etudes Hydrologiques du Plateau d’Albion, présidée par Benoît Le Falher (GSBM). La conclusion de cette aventure est un -610 mètres mais surtout la découverte de la rivière d’Albion, premier collecteur important participant à l’alimentation de la célèbre Fontaine de Vaucluse.
1988 et 1989, deux spéléos gardois férus de prospection rejoignent le club ravivant notre passion pour le plateau de Méjannes le clap. Deux belles découvertes récompensent leur opiniâtreté : Aven du Busko et Aven des Papés, respectivement -60 et -102 mètres, dénivelés importants pour la région. Une coloration des eaux drainées par ces cavités confirme des théories émises précédemment, sur l’écoulement des eaux vers la Cèze. La spéléo, visite de classiques, n’est pas abandonnée pour autant : des camps permettent des regroupements familiaux (mais où sont les ‘jeunes” d’antan) sur le Larzac, le causse Méjean, le causse Noir, le Sauveterre ou encore dans les Gorges de la Dourbie…
De 1989 à 1995, participation de plusieurs membres du club à l’élaboration d’un inventaire du bassin d’alimentation de la Fontaine de Vaucluse. Le tome I, « Les cavernes d’Albion » recensent les cavités de la partie centrale, et le tome II, « Les arcanes de Vaucluse », se penche sur la partie occidentale. Ce qui n’empèche pas les spéléos d’aller sous terre : exploration de deux nouvelles cavités dans le bassin d’alimentation de la Fontaine de Vaucluse, respectivement classées cinquième et sixième pour la profondeur atteinte dans ce karst : l’Aven Joly, -465 mètres, au fond duquel coulent plusieurs ruisseaux et l’Aven des Papiers, -306 mètres. De nombreuses séances de prospection et désobstruction nous font mieux connaître le versant nord du Ventoux. Notons la découverte d’un gîte d’ours des cavernes où des recherches sont menées, conjointement avec le Muséum d’Histoire Naturelle d’Avignon.
Au cours des années suivantes, ils prolongent les galeries du Trou Souffleur, aident les plongeurs à explorer l’amont de la rivière d’Albion où ceux-ci remontent de plus de 150 m de cascades. Ils participent à quelques colorations, pour mieux connaître le bassin d’alimentation. Enfin en 2002, une remontée à l’aval permet de prolonger les galeries et de descendre à -746 m. En 2004, le GSBM organise l’expédition qui permettra à Frédéric Poggia, plongeur ami du club et mis souvent à contribution, de descendre porter la profondeur du Souffleur à -795 m, soit 19 m au dessus de la Fontaine de Vaucluse, mais toujours à 30 km de là.
Nous faisons escale sur le Glandasse dans le sud du Vercors, le temps d’explorer un -150 m, qui permet de contredire toutes les théories sur la région. Méjannes n’est pas oublié : l’aven Marcel, la Licorne, le Solitaire, la grotte Monette, Artmédia, La Buse, Combescure, le Millénium et plusieurs autres sont de belles découvertes sous le plateau de Méjannes.
Le GSBM à l’étranger
La première expédition à l’étranger a lieu en 1979. Trois jeunes spéléos écument durant dix mois le Pérou avec pour résultat majeur la découverte et l’exploration du « Tragadero de San Andres » l’un des gouffres les plus profond, de l’Amérique du Sud. Un stage de formation organisé au Pérou lors de cette expédition sera à l’origine de la création du Centre d’Explorations Souterraines du Pérou – CESPE, toujours en activité en 2005 !
Cette même année, une expédition plus courte mais plus étoffée (un mois, neuf participants) prospecte et explore en première de nombreuses cavités au Maroc. Ce pays recevra à plusieurs reprises les spéléos du G.S.B.M. jusqu’en 1987, avec en 1984 un record de profondeur au gouffre “Kef el Sao” (-220 m). En 1980, c’est la Yougoslavie qui voit un groupe chercher des trous. En 1981, une expédition en Crête ne bat pas de record, mais fait un travail sérieux dans la zone prospectée. De 1985 à 1988 quelques uns participent aux camps du SGCAF dans les Cantabriques en Espagne. Citons la découverte de la grande traversée Sima Tonio – Cueva Canuela, avec ses 542 mètres de dénivelation. Participation aux exploration du gouffre du Grand Cor (Suisse) en 1989-1990. En 2002 et 2003, participation aux explorations du Cotiella dans les Pyrénées (Espagne). Plusieurs courts voyages en Sardaigne (Italie) qui font découvrir de magnifiques galeries.
En novembre 1985, Jean Loup Guyot (GSBM) part s’installer à La Paz pour étudier l’hydrologie des fleuves amazoniens de Bolivie. Il y restera jusqu’en septembre 1990. Durant cette période, il effectuera avec ses amis de La Paz et quelques spéléos français du GSBM (en 86, 87, 88), de la SCSP d’Alès, et du Spéléo Club du Haut Sabarthez (Ariège), l’exploration des massifs karstiques de Bolivie. Citons parmi de très nombreuses autres cavités la grotte-perte d’Umajalante dans le massif de Toro-Toro, avec 4 600 mètres de développement pour 164 mètres de profondeur. De 1994 à 2000, nous retrouvons Jean Loup au Brésil. En dehors des explorations, nous faisons connaissance avec un peuple chaleureux qui nous laisse des souvenirs inoubliables. Et depuis 2003, c’est le Pérou.
Le Pérou ou la spéléo au pays du peuple des nuages
Jean Loup étant maintenant au Pérou, les souvenirs de Jean Denis et Gino font surface, et voilà un nouveau but d’expédition. Bien entendu nous sommes en relation avec le Centre d’Exploration Souterraines du Pérou, qui va partager ces aventures. 2003 permet de repérer des zones dans les départements de San Martin et d’Amazonas. C’est dans ce dernier, au dessus du village de Soloco, qu’elles se poursuivent en 2004 et 2005. Le massif se présente sous la forme d’un plateau calcaire de 10 km de long sur 5 km de large. L’altitude moyenne de ce plateau est aux alentours de 3000 m, avec des points culminant à 3200 m. La surface du plateau est constituée d’une succession de dolines et de poljés coalescents. Ces dépressions, d’une longueur parfois supérieure au km, peuvent atteindre les 100 à 150 m de profondeur. La quasi-totalité des cavités se présentent comme des pertes actives ou fossiles de ces dépressions. Elles s’ouvrent pour la plupart dans un calcaire de type conglomérat. La seule émergence connue pour le moment, découverte en 2003, est pénétrable et s’ouvre à 2600 m d’altitude (débit d’étiage entre 500 et 1000 l/s).
C’est avec plus de mille mètres de cordes qu’ils repartent chaque fois. Compte tenu du peu de temps disponible, ils optent pour une restauration de type local afin de garder le maximum d’efficacité et de temps pour les explorations : cuisinière issue du village de Soloco et repas typiquement péruviens à base de riz, maïs et pomme de terre, le réapprovisionnement en produits frais du village étant assuré par une navette à cheval tout les 2 ou 3 jours. Ceci permet de faire participer, d’intégrer, la population locale à la découverte de son patrimoine, de lui en faire prendre conscience. On peut s’en rendre compte, lors des réunions de fins de camp. La salle de la mairie est pleine : tout le village est là, du plus petit au plus vieux, et se passionne pour les récits des explorations et les photos, et même cette année le film de Joël Raimbourg.
Les spéléos explorent et relient entre eux des gouffres autour du Tragadero de Parjugsha qui communiquent avec une même rivière. Commencent l’exploration de la résurgence, du gouffre de Chaquil… Environ 12 km grottes et gouffres topographiés. Un important travail de prospection est entamé en parallèle à ces explorations et de nombreuses cavités, parfois situées à plusieurs km du camp, sont inventoriées. N’oublions pas les découvertes archéologiques : le village pré-inca de Chaquil de la civilisation Chachapoyas que l’on nomme le Peuple des Nuages. Des ossements et des poteries dans diverses cavités et même un squelette d’ours (tremarctos ornatus) de plus de 6000 ans. En 2005, un archéologue vient avec eux pour travailler à Chaquil.
Le département, la région
Depuis 1974, le club s’est investi dans le fonctionnement du Comité Départemental de Spéléologie du Gard. Rares seront les réunions où le GSBM ne sera pas présent, le plus souvent comme membre du comité directeur. Nous y avons eu, à des époques diverses, un président : Alain Martinez, une vice-présidente : Isabelle Obstancias, un secrétaire : Christian Klein, un trésorier : Benoît Le Falher pour la partie administrative. En responsables de commissions citons Jacques Klein au matériel, Alain Martinez puis Evelyse Martinez aux publication, Isabelle Obstancias à la co scientifique, à l’environnement et créatrice du site du CDS 30.
La commission secours est particulière. Les spéléos assurent eux même leurs secours. Donc tous les membres du club aptes à les assurer en font partie, soit comme équipiers, soit comme chefs d’équipe. Citons en particulier Jean Denis Klein directeur des secours de 1980 à 1985 avec comme adjoint Christian Clavel, et Jean François Perret, Conseiller Technique Adjoint de 1988 à 1995 puis Conseiller Technique depuis 1995.
Le Comité Spéléologique Régional Languedoc-Roussillon nous a vu participer à ses actions. Mais plus particulièrement Alain Martinez qui en fut le président (1982-1986), et Isabelle Obstancias la vice-présidente (1987-1995) et responsable de la commission scientifique (depuis 1989).
Rédaction : F. Valladier, J. Klein, J.F. Perret, I. Obstancias – Dernière modification : 08/2006